Grozny : Nine Cities

Le 61 vous convie, vendredi 18 avril 2014 à 19h, à la présentation du film multimédia Grozny : Nine Cities, d’Olga Kravets, Maria Morina et Oksana Yushko.
Projection suivie d’une discussion avec Olga Kravets et Gérald Holubowicz.

Le projet Grozny : Nine Cities est inspiré du livre de Thornton Wilder Theophilius North, et se focalise sur l’idée que neuf facettes d’une ville, neuf cités, sont cachées dans une seule et même ville. Un concept qui nous a permis d’explorer les aspects spécifiques de l’après-guerre des deux conflits tchétchènes en les considérant comme des cités cachées dans Grozny.

« Les trois photographes russes (Olga Kravets, Maria Morina, Oksana Yushko) ont travaillé ensemble sur le projet depuis 2009. Grozny : Nine Cities explore l’après-guerre dans un pays qui pendant des siècles a essayé de se libérer du contrôle, de Moscou, en considérant neuf niveaux de l’existence au sein d’une ville.
La ‘Cité qui a cessé d’exister’ reflète l’histoire impérissable de près de 300000 vies humaines détruites par les deux dernières guerres. Moscou a promis de gagner contre les civils tchétchènes en reconstruisant leur société dévastée, et semblait également intéressé par sa loyauté envers le Kremlin.
La ‘Cité de la Guerre’ montre que Grozny, qui se traduit aussi par la “redoutable”, n’a jamais cessé de sentir la guerre, la violence, et de trouver de nouvelles cibles comme des kamikazes attaquant les lieux publics. Avec les chars russes au large dans ses rues, les ressortissants russes sont isolés dans la ‘Cité des étrangers’. Le président tchétchène Ramzan Kadyrov, un ancien combattant rebelle, crée la ‘Cité des serviteurs’ avec des armées écrasantes de fans, des stades pleins de personnes scandant son nom et les chroniques Ramzan Nouvelles TV couvrant sa routine quotidienne.
Faisant face à la violence, comme la pluie et la neige, la ville repose sur son identité soufi – de nouvelles mosquées, de nouvelles lois de la charia émergent dans chaque bloc de la ‘Cité religieuse’. Les têtes de femmes découvertes, même sur les publicités dans la rue, sont honteuses pour les hommes tchétchènes de la ‘Cité des hommes’. Ceux-ci, fiers de leurs BMW noir, de leurs fusils d’assaut, des chaussures noires et pointues, interdisent l’apparition de femmes non voilées dans les lieux publics. La ‘Cité des femmes’, comme une symphonie dédiée à la beauté comporte le visage plus attrayant de Grozny.
Dans la ville d’aujourd’hui, la ‘Cité des gens ordinaires’, les personnes normales, épuisées par plus de 15 années de vils combats et d’autodestruction, couvrent le sol dans leurs nouvelles maisons en briques avec d’épais tapis aux couleurs vives, pour y danser lors des mariages bondés en arborant leurs plus beaux habits et en saisissant la chance de profiter des moments de bonheur avant que d’autres dangers ne viennent dans leur ville redoutable. »
Anna Nemtsova

Grozny : Nine Cities (Chewbahat Storytelling Lab / Verso) est une œuvre interactive articulée autour d’un format linéaire de 20 minutes, l’interaction cherche à être minimaliste et efficace pour laisser l’utilisateur s’immerger dans cet étrange univers. La musique est composée par José Bautista (KanseiSounds) et aide à transporter l’utilisateur à travers les neufs cités, ces neuf réalités alternatives de Grozny. Depuis les limbes jusqu’à l’enfer des victimes, Grozny : Nine Cities est un voyage dans une Tchétchénie oubliée.

2014.04.18 Grozny Nine Cities 61